UNSA

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CONFÉDÉRATION EUROPÉENNE DES SYNDICATS
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    Alain Olive sur BFM le 26 mars 2009

    26/03/09 (BFM)
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    Stéphane Soumier : Les temps changent, même Yves de Kerdrel parle des comportements de prédation de certains patrons. Faut-il ou non une loi [pour réglementer les indemnités des patrons] ?
    Alain Olive : Une loi pour ceux qui ne comprennent rien, qui ne comprennent que la loi.

    Mais la loi est impossible à écrire... Je pense que pour certains il faut une réglementation, notamment pour les entreprises aidées. Il n’est pas possible de se comporter comme cela, c’est inimaginable.

    Cela veut dire que l’on va tourner en rond sur ce qui est une aide d’Etat ? Nicolas Sarkozy a quand même avancé quelque chose de nouveau et d’assez spectaculaire, qui n’a pas été relevé : il considère que le chômage partiel est une aide de l’Etat. En partie, bien sûr. Ce que je voudrais retenir, c’est ce retour de la morale et de l’éthique. Je crois que c’est très important. On en a fini avec trente ans d’une dérégulation folle, et on revient à des choses plus raisonnables, plus convenables. J’aime beaucoup la modération, l’éthique, la morale.

    On est en train de vivre les derniers craquements, les derniers cris d’un monde qui accouche ? En 1989, c’était la fin de la dictature du prolétariat, et, en 2009, c’est la fin de la dictature des marchés.

    C’est une vision très optimiste des choses... Il faut être optimiste.

    Le big bang syndical commence aujourd’hui avec la SNCF. Depuis les années 1960, cinq syndicats étaient considérés comme représentatifs, c’était gravé dans le marbre, personne ne pouvait administrer la preuve du contraire. C’est fini maintenant, il va falloir démontrer sa représentativité dans les urnes. Est-ce que c’est un big bang ? Oui, c’est un vrai big bang syndical. Nous avons une entreprise de 170000 salariés, la SNCF, qui va inaugurer la nouvelle loi. Avant cette loi, cinq organisations syndicales étaient déclarées représentatives de droit dans toutes les entreprises. Elles pouvaient donc désigner un délégué syndical dans toutes les entreprises de France, même si elles n’y avaient pas de syndiqué, d’adhérent.
    Aujourd’hui, la loi du 20 août met au cœur de la légitimité des organisations syndicales l’audience des organisations dans l’entreprise. Aujourd’hui, un syndicat, pour être légitime dans l’entreprise, pour pouvoir négocier, devra obtenir au moins 10% des voix au premier tour des élections professionnelles. C’est une vraie révolution et c’est ce à quoi nous allons assister pour la première fois dans une grande entreprise comme la SNCF.

    Rentrons dans le détail : 10% des voix pour négocier, 30% des voix pour passer un accord, 50% pour s’opposer à un accord... C’est comme ça que cela va marcher dans l’entreprise. Ensuite, il y aura une représentativité dans la branche, où il faudra 8% des voix, et ensuite 8% des voix au niveau interprofessionnel, à condition qu’on soit représentatif dans quatre grandes branches, l’industrie, la construction, les services et le commerce. Voilà un peu l’architecture.

    Vous n’étiez pas représentatifs de manière irréfragable, donc vous allez y gagner une représentativité. Au-delà, en ce qui concerne la parole syndicale, est-ce que vous pensez qu’elle va prendre plus de poids dans l’entreprise ? Bien sûr, et je crois que c’est le grand pari. C’est le choix de la responsabilité des salariés. Je pense qu’on ne pourra plus se cacher derrière le fait que des représentants syndicaux sont désignés par des organisations et qu’ils n’ont pas de légitimité sur le terrain. Là, pour le coup, ce sont les salariés qui désigneront leurs représentants, et je pense que c’est très important pour la démocratie dans l’entreprise.

    Deuxième point : il va falloir faire campagne ? Oui.

    La campagne et la démagogie ne sont jamais très éloignées...

    C’est la démocratie. On peut dire cela pour la politique mais c’est le meilleur système à mon avis. Je crois que ce qui va se passer c’est que les salariés vont faire confiance à des gens qui les représentent vraiment. Ils pourront les sanctionner, puisque cette audience sera renouvelée tous les trois ou quatre ans. Rien ne sera jamais acquis et je pense que c’est une bonne chose, il ne faut pas de rente de situation.
    Si vous voulez, certaines organisations syndicales ont vécu pendant des dizaines d’années avec des prothèses, qui étaient des arrêtés leur permettant d’être représentatives sans avoir la confiance des adhérents. On enlève ces prothèses, on va voir celles qui ont du muscle et celles qui n’en ont pas.

    Et cela veut dire quoi ? Cela veut dire que l’on avait de grandes entreprises et des délégués syndicaux qui ne fichaient rien ? Si vous prenez le cas de la SNCF, où vous avez aujourd’hui huit organisations syndicales, demain, vous en aurez quatre, peut-être trois. Cela veut dire que des confédérations dites représentatives, comme Force ouvrière, la CFTC, la CGC, vont disparaître. Cela va être important, parce que disparaissant de la SNCF, comme elles peuvent disparaître aussi de la RATP, c’est tout le secteur des transports, soit 1 million de salariés, qui va s’en trouver modifié.
    Il ne faut pas non plus oublier que c’est la SNCF, la RATP et Air France qui donnent des moyens aux fédérations. Si elles disparaissent de ces entreprises-là, elles n’auront plus aucun moyen, ni humain ni matériel, pour fonctionner. Il va y avoir des conséquences très importantes sur l’ensemble des dispositifs.

    Ces seuils dont on parlait, 30% et 50%, cela oblige à des alliances ? Oui. On espère que les syndicats réformistes comme l’Unsa vont être confortés, parce que ce sont eux qui portent la négociation dans l’entreprise. C’est un pari, car si les syndicats protestataires sont majoritaires dans une entreprise, le dialogue social va être bloqué. C’est pour cela que je prêche pour ma chapelle, pour le réformisme syndical, pour l’Unsa, et que j’espère que l’on fera un beau score à la SNCF.

    Vous êtes à peu près à 14% ? A peu près. La CGT est à 40%, la CFDT est autour de 10% et tous les autres derrière sont à moins de 10%.

    C’est un défi pour la CGT, quand même. Soit elle tend la main à SUD et on se retrouve dans une période de blocage absolu à la SNCF, soit elle tend la main à l’Unsa, et tout est possible... Voilà, tout est possible, c’est un pari. Je crois que cela permettra aussi des évolutions importantes.

    C’est même fondamental, non ? Je crois qu’il y a une prise de responsabilité qui pèse sur cette organisation, et elle devra choisir une ligne syndicale où le compromis est maître.


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