CIT 2026 : des avancées sociales sous tension

Réunie à Genève du 1er au 12 juin, la 114e Conférence internationale du Travail (CIT) a débouché sur une avancée majeure : l’adoption d’une première convention internationale sur le travail décent dans l’économie des plateformes. L’UNSA a pris une part active à l’ensemble des travaux de cette session, notamment au sein de la commission normative et des discussions générale et récurrente.

La CIT a également réaffirmé son soutien à la Palestine en rejetant largement la demande d’Israël, soutenue par les États-Unis et l’Argentine, visant à annuler la décision de lui accorder le statut de membre observateur doté de pouvoirs au sein de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Pour l’UNSA, cette CIT a confirmé deux réalités. D’un côté, le multilatéralisme social reste indispensable pour faire progresser les droits. De l’autre, chaque mot a été disputé, dans un climat de tensions où les employeurs et le gouvernement américain ont tenté d’affaiblir les textes, de contester des notions clés et de vider les compromis de leur portée politique.

Plateformes : une convention historique

L’adoption de la convention sur le travail décent dans l’économie des plateformes -après deux années de discussions en commission normative- confirme qu’un travailleur de plateforme est un travailleur à part entière, qui doit bénéficier de droits, de protections et de garanties collectives. À noter que les employeurs français se sont abstenus lors du vote.

Le texte répond à des situations devenues courantes : livreurs pilotés par des algorithmes, comptes désactivés sans explication, travailleurs présentés comme indépendants alors qu’ils subissent un véritable lien de subordination. Il impose aux États de mieux qualifier la relation de travail, sur la base des faits et non du seul contrat imposé par la plateforme. Il encadre aussi, pour la première fois au niveau international, la gestion algorithmique : droit à l’information, à l’explication, à l’intervention humaine et à la contestation de certaines décisions automatisées.

La convention prévoit aussi des garanties sur la rémunération, la santé et la sécurité, la protection sociale, les violences et le harcèlement, y compris en ligne. Pour l’UNSA, c’est une avancée majeure. Mais ce texte reste un compromis : il ne règle pas entièrement la question de la présomption de salariat ni celle de l’effectivité des droits. L’enjeu est désormais d’obtenir des ratifications rapides et une mise en œuvre ambitieuse dans les droits nationaux.

Lien vers la Convention adoptée : https://www.ilo.org/sites/default/files/2026-06/ILC114-Convention%20193-%5BRELMEETINGS-260522-003%5D-Web-FR.pdf

Égalité des genres : des acquis disputés

La résolution adoptée sur l’égalité des genres au travail servira de feuille de route à l’OIT pour les années à venir. Elle identifie les freins structurels à la promotion de l’égalité dans le monde du travail : inégalités salariales, pénalités de carrière liées à la maternité, sous-valorisation du travail du soin, accès inégal à l’emploi, aux responsabilités et à la protection sociale.

L’UNSA souligne plusieurs avancées : intégration des spécificités de genre en matière de santé et sécurité au travail, des biais sexistes des algorithmes et de l’intelligence artificielle, ainsi que de l’intersectionnalité comme facteur aggravant des inégalités et des risques. Il a toutefois fallu un vote pour faire reculer plusieurs gouvernements conservateurs.

La résolution cite également les proches aidants, la parentalité et ses contraintes, touchant particulièrement les femmes, ainsi que l’ensemble de la filière du soin, qu’il s’agisse du travail salarié ou du soutien familial sous forme de travail non rémunéré. Elle affirme aussi la nécessité de statistiques genrées, de politiques publiques volontaristes et d’un engagement financier du Bureau international du Travail.

L’UNSA regrette l’opposition systématique des États-Unis au terme « genre » et aux références au changement climatique. Mais malgré ces résistances, le texte adopté est équilibré et constitue une base solide pour faire progresser concrètement l’égalité au travail, y compris en France.

Lien vers la résolution adoptée : https://www.ilo.org/sites/default/files/2026-06/ILC.114-R%C3%A9solution%20VI-%5BRELMEETINGS-260525-002%5D-Web-FR.pdf

Dialogue social et tripartisme : un principe réaffirmé

La commission chargée de la 3ème discussion récurrente sur le dialogue social et le tripartisme a rappelé une évidence : il n’y a pas de progrès social durable sans syndicats libres, représentatifs et capables de négocier. Les conclusions soulignent la nécessité de protéger le droit de s’organiser, de renforcer les capacités des acteurs du dialogue social et de soutenir la négociation à tous les niveaux.

Pour l’UNSA, ce rappel est bienvenu dans un contexte de fragilisation mondiale des libertés syndicales. Mais les débats ont montré combien le tripartisme peut devenir un champ de confrontation : les termes de justice sociale, Objectifs de Développement Durable, transition juste et genre ont été systématiquement contestés par le gouvernement américain, soutenu par l’Argentine, tandis que les employeurs refusaient de parler de négociation collective.

Or, pour l’UNSA, le dialogue social n’a de sens que s’il repose sur des droits garantis, des moyens pour négocier et une capacité réelle des travailleurs et travailleuses à peser sur les décisions. Les nouveaux espaces de travail – plateformes, sous-traitance, chaînes de valeur mondiales, travail à distance – doivent pleinement entrer dans le champ de la négociation collective.

Lien vers la résolution adoptée : https://www.ilo.org/sites/default/files/2026-06/ILC.114-R%C3%A9solution%20IV-CDR-%5BRELMEETINGS-260525-003%5D-FR.pdf

Normes : contrôler l’application pour faire respecter les droits

La Commission d’application des normes, qui célébrait son 100ᵉ anniversaire en 2026, examine chaque année des cas de pays, car une norme n’a de sens que si les États rendent des comptes sur son application effective.

Dans un contexte de répression syndicale, de travail forcé, de remise en cause du droit d’organisation et de conflits armés, ce travail de contrôle est un pilier de la crédibilité de l’OIT. Les discussions sur des situations comme le Bélarus ou le Myanmar rappellent que le combat pour le travail décent est indissociable de la démocratie, de l’État de droit et des libertés publiques.

Pour l’UNSA, ce mécanisme permet de documenter les violations, de mettre les États face à leurs responsabilités et d’appuyer les syndicats dans les pays où les droits sont attaqués. C’est aussi un rempart contre la banalisation des atteintes aux normes fondamentales.

La 114e CIT a montré que l’OIT reste un lieu essentiel pour fixer des règles communes et faire progresser les droits. Mais elle a aussi révélé la brutalité des rapports de force qui traversent aujourd’hui le multilatéralisme social. 

Pour l’UNSA, le message est clair : face aux tentatives d’affaiblissement des normes, il faut continuer à défendre un syndicalisme exigeant, un dialogue social réel et un droit du travail capable d’embrasser les transformations du monde du travail sans renoncer à l’essentiel. Qu’il s’agisse des plateformes, de l’égalité ou des libertés syndicales, il n’y a pas d’avenir du travail acceptable sans droits, sans justice sociale et sans démocratie au travail.

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