Quartiers prioritaires de la ville : des inégalités persistantes face à l’emploi

Crédit image : magnific

Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), l’accès à l’emploi reste marqué par de fortes inégalités. Les difficultés se concentrent notamment sur les femmes, les jeunes et les personnes les moins diplômées et se prolongent jusque dans la qualité des emplois occupés. Pour l’UNSA, cette situation n’est pas acceptable.

Le nouveau rapport de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) consacré à la situation de l’emploi en 2024 dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) met en évidence des écarts importants avec les autres quartiers urbains. Pour l’UNSA, ces constats montrent que les inégalités territoriales se traduisent directement dans les parcours professionnels.

Un marché du travail nettement moins favorable

En 2024, le taux d’emploi des 15-64 ans s’établit à 49,8 % dans les QPV, contre 70 % dans les autres quartiers urbains. Le chômage y est également beaucoup plus élevé : 16,6 % contre 7,5 %.

Cette situation s’explique notamment par une inactivité plus importante. Près de 4 habitant·es sur 10 en âge de travailler sont inactif·ves dans les QPV, contre moins d’un quart dans les autres quartiers. Les femmes sont particulièrement concernées, avec une inactivité qui atteint 45,8 %, notamment en lien avec les situations familiales et la garde des enfants.

Au total, en prenant en compte le chômage et le halo autour du chômage, 18,3 % des habitant·es des QPV en âge de travailler sont en situation de recherche d’emploi, soit près de deux fois plus que dans les autres quartiers urbains.

Pour l’UNSA, ces chiffres illustrent l’importance des freins périphériques dans l’accès à l’emploi et sa faible prise en compte dans les politiques publiques.

Des emplois plus souvent précaires

Les caractéristiques des emplois occupés diffèrent elles aussi fortement selon le lieu de résidence. Dans les QPV, 65,1 % des actif·ves occupé·es sont ouvrier·ères ou employé·es, contre 36,6 % dans les autres quartiers urbains. De plus, la part des CDI s’élève à 73,9 %, contre 85,2 % hors QPV. À l’inverse, les CDD et l’intérim y sont davantage présents.

Cette différence n’est pas anodine. Pour l’UNSA, il est nécessaire de réduire la précarité de l’emploi  : la limitation des contrats courts y contribuerait.

Le sous-emploi[1] est également bien plus fréquent : 8,5 % contre 4,0 % dans les autres quartiers. Cette situation concerne particulièrement les femmes, les 30-49 ans et les personnes les moins diplômées. Elle confirme une nouvelle fois le cumul des difficultés : les personnes déjà davantage exposées aux inégalités d’accès à l’emploi sont également plus susceptibles de connaître des situations professionnelles fragiles.

Les jeunes particulièrement exposé·es

Les difficultés sont particulièrement fortes pour les jeunes. Leur taux de chômage atteint 24,3 % chez les 15-29 ans dans les QPV, contre 13,8 % ailleurs.

La part des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) atteint par ailleurs 21,8 %, soit près du double de la moyenne nationale. Les jeunes les moins diplômé·es sont particulièrement touché·es.

L’UNSA avait déjà mis en évidence les difficultés spécifiques rencontrées par les jeunes des QPV pour accéder à l’alternance, alors même que ce dispositif leur est particulièrement bénéfique pour l’accès à un emploi durable.

L’égalité d’accès à l’emploi doit être une priorité

Ainsi, ce dernier rapport de l’ANCT démontre une nouvelle fois l’impact des inégalités dans les parcours professionnels.

Dans les QPV, l’accès à l’emploi est plus difficile, le chômage et l’inactivité sont plus élevés et les emplois occupés sont plus souvent précaires ou marqués par le sous-emploi. Pour les jeunes, le risque de rester durablement à l’écart de l’emploi, de la formation ou des études est particulièrement important.

Pour l’UNSA, ces constats doivent conduire à renforcer les politiques publiques en direction des personnes les plus éloignées de l’emploi et lever les freins périphériques qui empêchent encore trop souvent l’accès ou le maintien dans l’emploi. De plus, il faut miser sur la qualité des emplois. L’objectif ne doit pas se limiter à la baisse des statistiques du chômage en multipliant les emplois précaires ou subis. L’insertion professionnelle doit permettre de construire un parcours durable, avec des droits, des conditions de travail décentes, des perspectives d’évolution et un accès effectif à la formation.

Enfin, la lutte contre les discriminations doit rester une priorité. Le lieu de résidence ne doit pas devenir un déterminant du parcours professionnel de chacun·e.


[1] Selon l’Insee, le sous-emploi recouvre les personnes ayant un emploi à temps partiel qui souhaitent travailler plus d’heures et qui sont disponibles pour le faire, qu’elles recherchent ou non un emploi.

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