Jeunes travailleurs : le défi du numérique

Crédit photo pixabay
Familières des réseaux sociaux et des outils d’intelligence artificielle (IA), les nouvelles générations nous semblent plus à l’aise et mieux armées face aux évolutions numériques. La réalité est plus nuancée. Ces évolutions, inégalement accessibles, peuvent aussi accroître les exigences professionnelles et leur compliquer l’entrée dans l’emploi.
L’IA générative permet d’automatiser certaines tâches répétitives et d’éliminer des « bullshit jobs », les outils collaboratifs de faciliter le télétravail et les réseaux sociaux d’offrir plus de visibilité et de mise en relation professionnelle. Mais ces évolutions transforment aussi l’accès des jeunes à l’emploi.
Atout ou handicap ?
On pourrait penser que celles et ceux qui maîtrisent ces technologies sont avantagés. Mais, l’automatisation et les outils rédactionnels remettent en question certains emplois qui constituaient des débouchés pour les moins diplômés ou des portes d’entrée dans l’entreprise, permettant d’acquérir expérience et compétences. Indeed relève une baisse de 29% des offres accessibles aux débutants, l’INSEE fait état d’un recul de l’emploi des jeunes dans l’informatique et plus largement, le chômage des 15-24 ans atteint 21.6% dans un contexte économique instable. L’Organisation internationale du travail souligne elle, dans ses travaux de 2026, leur exposition particulière aux transformations du marché du travail liées à l’IA.
Par ailleurs, la familiarité avec les écrans ne garantit pas l’autonomie numérique : tous les jeunes ne disposent pas des mêmes compétences, comme le rappelle le taux d’illectronisme chez les 18-25 ans. Si l’IA permet d’accéder à des tâches autrefois réservées à des spécialistes, elle ne suffit pas à réduire ces inégalités.
Attention à la santé mentale !
Pour accroître leurs chances d’accéder à l’emploi, les jeunes sont incités à soigner leur présence et leur e-réputation en ligne, renforçant leur exposition aux écrans et aux sollicitations numériques (technoférence).
Dans le monde professionnel, la multiplication des outils et des compétences à acquérir, la diversité des missions et l’intensification des rythmes peuvent accroître la pression, brouiller la frontière entre temps professionnel et personnel, favoriser l’hypervigilance, rendre plus difficile la déconnexion, jusqu’à créer une fatigue numérique.
Selon une étude CNIL/VYV, 65% des 17-25 ans présentent des signes d’anxiété. Sans en être les seuls responsables, certains usages numériques peuvent renforcer le stress et les risques psychosociaux.
Agir maintenant
L’enjeu n’est pas de diaboliser les écrans ou l’IA, mais d’accompagner les transformations et de protéger. Pour l’UNSA, il faut :
– mieux encadrer les plateformes : lutter contre les mécanismes numériques qui captent l’attention, garantir aux salariés des droits numériques, dont un droit à la déconnexion, contrôler les pratiques pour éviter les dérives ;
– assurer un dialogue démocratique sur le numérique : définir ses limites, préserver l’autonomie et les compétences, et prévenir les biais, stéréotypes et erreurs ;
– former tout au long de la vie : développer l’éducation aux usages et aux risques du numérique dès les études, garantir un accompagnement adapté dans l’emploi et les transitions professionnelles ;
– mieux prévenir les risques psychosociaux : renforcer le dispositif de consultations psychologiques pour mieux protéger la santé mentale des jeunes travailleurs.
Pour l’UNSA, les nouvelles technologies doivent être un levier d’émancipation et de progrès social, et non un facteur supplémentaire de précarisation ou de dégradation de la santé.
