Famille, petite enfance, autonomie, travail des femmes : avec le RN, régression sur toute la ligne


https://www.unsa.org/3453

L’UNSA a analysé le programme du RN sur les politiques sociales, familiales et de l’autonomie. Outre les discriminations et les contre-vérités, le fil rouge des mesures proposées sur ces questions consiste à faire reposer ces solidarités sur la cellule familiale (et donc sur les femmes), laquelle viendrait se substituer à la solidarité nationale.

Des discriminations dans l’accès aux prestations sociales et familiales
Il est proposé de « réserver les aides sociales aux Français, et conditionner à 5 années de travail en France l’accès aux prestations de solidarité ». Cette proposition instaure une rupture d’égalité entre les travailleurs français et étrangers.
Mais elle en provoque une autre entre les travailleurs étrangers selon qu’ils sont présents sur le territoire depuis plus ou moins 5 ans.
Il faut le rappeler, à travers leurs activités professionnelles, les travailleurs étrangers participent comme les autres au développement économique du pays et par conséquent ce au financement de la Sécurité sociale via les cotisations sociales et la CSG et ce sans attendre 5 ans.

Comment ne pas s’insurger contre ce qui constituerait le vol d’une partie des cotisations des salariés cotisants devenus, avec un tel programme, inéligibles aux aides en raison de leur nationalité ?

Petite enfance, perte d’autonomie : la famille remplace la solidarité nationale

S’agissant des politiques familiales, il est proposé d’instituer « une part fiscale complète dès le deuxième enfant » et de « créer un prêt à 0% pour les jeunes familles françaises transformé en subvention pour les couples qui auront un 3e enfant. » Le RN veut relancer les vieilles politiques natalistes.
Son programme n’évoque jamais la nécessité de développer les modes d’accueil en petite enfance, ni la possibilité de mieux partager les congés parentaux entre les femmes et les hommes.
Les pénuries de professionnels dans ce secteur sont totalement absentes de sa réflexion alors qu’elles sont pourtant criantes.
On voudrait renvoyer les femmes à la maison qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Selon une étude récente de la Drees, 18% des couples avec enfant de moins de 3 ans le gardent chez eux alors que leur premier choix aurait été une solution d’accueil extérieure.
Pour répondre à cette demande, il est impératif de déployer un réel service public de la petite enfance de qualité en complément d’un congé parental partagé entre les femmes et les hommes, suffisamment rémunéré pour être attractif.
L’UNSA propose aussi de servir les allocations familiales dès le premier enfant, sans discrimination, au contraire du RN qui promet de « réserver les allocations familiales aux familles dont au moins un des deux parents est Français »

Pour la perte d’autonomie, le RN propose uniquement de « soutenir financièrement les personnes venant en aide à un proche dépendant », ce qui est nécessaire mais totalement insuffisant.
Les aidants ne peuvent pas se substituer aux établissements, résidences autonomie ou aux professionnels du secteurs qui doivent au contraire être plus nombreux.
Le RN ne propose rien pour préparer notre société au vieillissement sauf de faire reposer cette charge sur les proches aidants. Pourtant, les années 2030-2040 verront le nombre de personnes âgées de 85 ans et plus augmenter de 58 % !

Pour répondre à ce défi, l’UNSA propose l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle dans ce domaine avec des moyens à la hauteur des enjeux.

Ajoutons que près de 70% des aidants sont des femmes.
Pour le congé parental, ce chiffre est supérieur à 90%. En refusant d’investir dans la petite enfance et les politiques publiques liées à la perte d’autonomie, c’est une nouvelle fois les femmes qui seraient pénalisées dans leurs carrières professionnelles.

Une politique migratoire aux conséquences néfastes sur les politiques sociales
Le RN propose aussi de « stopper la submersion migratoire ». Pour l’UNSA, la question de l’immigration doit prendre en compte des dimensions économiques, culturelles, démographiques et géopolitiques.
Cette politique doit respecter les droits humains, notamment la fraternité. Elle ne doit pas être détournée pour alimenter des arguments populistes délétères.

Par ailleurs, comme le rappelait le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) dans son avis sur la loi immigration, « les besoins de recrutement actuels et futurs dans les secteurs du social, du médico-social, de l’éducation et de la santé sont très importants. Or, ces secteurs sont marqués par une forte contribution des travailleuses et travailleurs immigrés. (…) L’accueil dans de bonnes conditions de ces personnes immigrées est un facteur permettant de réduire les tensions actuelles et futures sur ces métiers essentiels ».

Des mensonges sur la lutte contre la fraude
Le programme du RN insiste sur la fraude aux prestations sociales et de solidarité avec des arguments aussi populistes que mensongers : « Les Français se font voler par les fraudeurs. (…) les impôts et les cotisations qu’ils paient sont détournés par les tricheurs qui bénéficient de prestations auxquelles ils n’ont pas droit. » « Les fraudes aux prestations sociales ne font pas l’objet de sanctions, sauf de la part de la CAF qui se limite d’ailleurs à prononcer de simples avertissements, bien peu dissuasifs ».
Par ces éléments de langage, le RN laisse penser que l’argent public serait tellement abondant que les administrations et caisses de sécurité sociales n’auraient pas besoin de lutter contre la fraude sociale et fiscale.
Ce qui est complétement faux. Par exemple, en 2022, les CAF ont réalisé 28,34 millions de contrôles automatisés entrainant la régularisation de 260,1 millions d’euros. 4,06 millions de contrôles sur pièces ou sur place ont permis la régularisation de 1,1 milliard d’euros de droits erronés.
Contrairement à ce qu’affirme le RN, 26% des fraudes seulement ont donné lieu à un avertissement, mais en revanche 65% à une pénalité et 9% à un dépôt de plainte.
Ces actions de lutte contre les erreurs et la fraude vont d’ailleurs s’intensifier dans les années qui viennent.

Enfin, le RN est curieusement silencieux sur le phénomène du non recours aux droits. Il est pourtant massif. On estime ainsi qu’environ un tiers des bénéficiaires potentiels du RSA ne le demandent pas.

Mensonges par affirmation ou omission, discriminations entre les travailleurs, rupture avec la notion de solidarité nationale et avec la philosophie sociale découlant du programme du Conseil national de la Résistance, conception rétrograde de la famille et du rôle des femmes…
Le RN nous propose finalement la vision d’une France d’il y a 100 ans, la ségrégation en plus et le système social en moins, une France qui n’existe plus.

Toutes les luttes menées depuis des décennies pour obtenir de nouveaux droits -notamment ceux des femmes-, arracher des conquêtes sociales et favoriser l’émancipation seraient effacées avec l’application d’un tel programme.
RN = Régression Nationale.

L'Unsa à votre service

UNSA
Actualités Céfu
TPE Retraités
Abo UNSA-Info
Les parutions de l'UNSA Voir-Écouter
Contact Transition écologique
UNSA-Boutique CES
UNSA-Conseils Vos Droits