Informer pour éclairer : la liberté de la presse sous pression
« La démocratie meurt dans l’obscurité. » La devise du Washington Post résonne aujourd’hui comme un avertissement. Partout, les fragilités démocratiques s’accompagnent d’atteintes à l’indépendance des médias. L’affaiblissement de la presse n’est jamais anodin : il constitue souvent l’un des premiers symptômes d’un recul plus large des libertés.
Concentration des médias : un pluralisme fragilisé
En 2013, Jeff Bezos rachète le Washington Post, promettant de ne pas interférer dans la ligne éditoriale. Le journal, célèbre pour avoir révélé l’affaire du Watergate, incarnait un contre-pouvoir solide.
Mais le contexte a changé. Les pertes financières – environ 100 millions de dollars en 2024 – et la chute des abonnements numériques ont précédé l’annonce, début 2026, de la suppression de près de 300 postes sur 800. Des reporters de terrain ont été touchés, certains apprenant leur licenciement en plein reportage. Difficile de ne pas voir dans ces décisions la tension croissante entre exigences économiques et mission démocratique.
La situation américaine fait écho à celle de la France, où la concentration des médias entre les mains de quelques patrons de grands groupes industriels (Bolloré, Dassault, Niel, Arnault) interroge. Reporters sans frontières alerte depuis plusieurs années sur la dégradation mondiale de la liberté de la presse et sur les risques que fait peser cette concentration sur le pluralisme.
Au-delà de cette seule logique capitalistique, c’est l’usage stratégique des médias comme outils d’influence qui inquiète. L’utilisation de la presse par des milliardaires dans des projets idéologiques globaux –civilisationnels, illibéraux ou libertariens – est une menace pour les sociétés démocratiques. L’exemple de Pierre Edouard Stérin, qui déploie des moyens importants pour acquérir des titres de presse au service de son projet Périclès, illustre cette évolution préoccupante pour nos démocraties. L’information est un bien public à défendre et préserver.
Pour l’UNSA, l’enjeu est donc à la fois démocratique et social : garantir l’indépendance des rédactions, protéger les salarié·es des médias et préserver des conditions de travail compatibles avec une information de qualité.
Être journaliste, au risque de sa vie
Informer est quelquefois plus qu’un métier : c’est parfois un acte de courage. Dans de nombreux pays, exercer le journalisme peut exposer à la prison, aux violences, voire à la mort, les journalistes devenant des cibles dès lors qu’ils cherchent à documenter les faits en toute indépendance. Gaza et Hong Kong en sont des illustrations parmi d’autres.
À Gaza, l’accès des journalistes étrangers a été fortement restreint par Tsahal depuis l’attaque terroriste du Hamas d’octobre 2023 et l’offensive israélienne qui a suivi. Les journalistes palestiniens, quant à eux, ont payé un tribut extrêmement lourd. Selon l’Organisation des Nations unies, 289 journalistes ont été tués entre octobre 2023 et fin 2025. Plus de 200 auraient également été arrêtés et restent détenus. L’absence de regard indépendant compromet gravement le droit à une information fiable et pluraliste.
À Hong Kong, la répression prend la forme de poursuites judiciaires et d’emprisonnements. Le patron de presse pro-démocratie Jimmy Lai a ainsi été condamné à 20 ans de prison. Là encore, l’atteinte aux médias accompagne un recul plus large des libertés publiques.
Pour l’UNSA, la liberté d’informer est indissociable des droits fondamentaux des professionnel·les des médias : sécurité, indépendance éditoriale, protection face aux pressions politiques ou économiques. Sans journalistes libres et protégés, la démocratie se vide de sa substance.
Défendre la liberté d’informer, c’est défendre la démocratie
La liberté de la presse n’est pas un privilège corporatiste : c’est une garantie collective. Elle assure aux citoyens un accès à des informations pluralistes, vérifiées, contradictoires.
Pour l’UNSA, la défense de la démocratie passe aussi par :
• la lutte contre la concentration excessive des médias ;
• la protection des rédactions et de leur indépendance ;
• la sécurisation des parcours professionnels des journalistes ;
• la solidarité internationale envers celles et ceux qui informent au péril de leur vie.
Crédit image : The Washington Post, Public domain, via Wikimedia Commons