Arrêts maladie : pour l’UNSA, la solution passe par la prévention, pas par la suspicion
Le gouvernement vient de présenter son plan sur les arrêts maladie. S’il comporte des avancées, il repose encore trop sur une logique de suspicion envers les travailleur·euse·s, en occultant la responsabilité des prescripteurs et des employeurs. Pour l’UNSA, cette approche ne permettra pas de répondre sérieusement aux enjeux.
En 2025, les arrêts de travail (hors AT MP) ont représenté plus de 12 milliards d’euros d’indemnisation. Les arrêts longs, qui ne représentent qu’un quart des arrêts, concentrent pourtant 82 % des dépenses. Entre 2019 et 2024, les arrêts maladie ont globalement augmenté de 12 %. Cette évolution résulte avant tout de facteurs structurels : usure professionnelle, progression des maladies chroniques, vieillissement au travail, dégradation des conditions de travail ou encore recul de l’âge de départ à la retraite. Autant de réalités que la seule logique de contrôle ne peut résoudre.
Quelques avancées utiles, mais une prévention insuffisante
L’UNSA salue plusieurs mesures : la généralisation du dispositif SOS IJSS pour soutenir les médecins confrontés à des situations complexes ou le plan d’action pour la santé mentale en entreprise en appui de la charte de la santé mentale au travail. L’accompagnement des entreprises à fort absentéisme et le renforcement du lien avec les CARSAT dans les démarches de prévention des AT MP et des risques psychosociaux vont également dans le bon sens, dès lors qu’ils permettent d’objectiver les situations, de repérer les contextes pathogènes et de responsabiliser les employeurs.
Mais cette démarche reste incomplète. Aucune contribution additionnelle n’est prévue pour les entreprises dont le recours aux indemnités journalières demeure anormalement élevé. Une telle mesure inciterait pourtant à agir directement sur les conditions de travail, premier facteur d’absentéisme. Pour être efficace, la prévention doit devenir un enjeu collectif, mobilisant employeurs, médecine du travail et représentant·e·s du personnel.
Des mesures qui renforcent la défiance plutôt que la confiance
Certaines annonces risquent d’alimenter la suspicion plutôt que la prévention. L’annonce de 740 000 actions de contrôle en 2026 ciblant les arrêts longs, les arrêts en téléconsultation ou les arrêts courts répétitifs ne peut être utile que si elle permet d’objectiver les situations. Pour l’UNSA, elle ne peut constituer l’axe principal d’une politique publique.
La création d’un dispositif permettant aux employeurs de signaler un arrêt jugé « anormal » ou encore la lutte contre le « nomadisme médical », esquivent également le débat. Ce nomadisme découle souvent de la désertification médicale et des difficultés d’accès aux soins, bien plus que d’un comportement abusif. La régulation doit passer l’obligation d’alimenter le Dossier Médical Partagé, incluant la cause des arrêts ainsi que par une meilleure coordination entre professionnel·le·s.
La piste d’un deuxième avis spécialisé pour certains arrêts, notamment ceux liés aux troubles musculo squelettiques ou aux risques psychosociaux, doit aussi être maniée avec prudence. Dans un contexte de pénurie médicale, une telle mesure allongerait les délais d’accès aux soins et retarderait la prise en charge sans pour autant agir sur les causes.
L’UNSA alerte enfin sur le risque de culpabilisation des assuré·e·s sociaux, alors que ce sont les médecins — et eux seuls — qui prescrivent les arrêts de travail. De plus, les employeurs, eux, ne doivent pas être éxonérés de leurs responsabilités en matière de prévention et d’organisation du travail.
Agir sur les causes et responsabiliser l’ensemble des acteurs
Dans les mois à venir, l’UNSA demeurera vigilante. Aucune mesure ne doit diminuer le niveau d’indemnisation des arrêts de travail. De telles orientations constitueraient des attaques graves contre les personnes malades et contre le principe de solidarité de notre système de protection sociale.
Pour l’UNSA, réduire durablement le nombre d’arrêts de travail suppose d’agir sur les bons leviers : prévention, amélioration des conditions de travail, accès aux soins et responsabilisation de l’ensemble des acteurs, y compris les employeurs et les prescripteurs. La réponse ne peut pas reposer sur la suspicion, mais au contraire sur une politique ambitieuse de santé au travail.
Crédit image : DC Studio on Freepik