Contrat d’engagement jeune (CEJ) : beaucoup de contrôles pour peu de résultats
Trois ans après son lancement, le CEJ affiche des résultats modestes sur l’accès à un emploi durable, malgré un accompagnement plus intensif. Pour l’UNSA, les évaluations confirment que l’accent mis sur les obligations et le contrôle fragilise l’accompagnement et les jeunes les plus éloigné·es de l’emploi.
Mis en place en mars 2022, le Contrat d’engagement jeune (CEJ) a remplacé la Garantie jeunes. Ambition affichée : de renforcer l’insertion professionnelle des jeunes de 16 à 25 ans, ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) et celles et ceux en situation de précarité professionnelle. Près de 700 000 jeunes en ont bénéficié entre 2022 et 2024, principalement via les missions locales, mais aussi par France Travail.
Les différentes évaluations disponibles – celles du Céreq, du CEET-Cnam et plus récemment de l’Institut des politiques publiques (IPP) – convergent sur un constat : le CEJ s’inscrit dans la continuité de la Garantie jeunes, avec un accompagnement plus intensif mais plus court, et des résultats globalement modestes sur l’accès à un emploi durable.
L’IPP souligne que le CEJ permet une reprise d’activité légèrement plus rapide, notamment pour les jeunes les moins qualifié·es, sans toutefois produire d’effet significativement supérieur à la Garantie jeunes à moyen terme. Cette évolution s’explique par une fréquence accrue des interactions avec les conseillères et conseillers, en particulier dans les missions locales, mais aussi par l’obligation pour les jeunes de justifier de 15 à 20 heures d’activité hebdomadaire pour percevoir une allocation de maximum 561,68 euros par mois.
C’est précisément sur ce point que les analyses qualitatives du Céreq et du CEET-Cnam apportent un éclairage critique. L’exigence de traçabilité des heures alourdit fortement le travail administratif au détriment du cœur de métier : l’accompagnement. Faute de référentiel national clair, les professionnelles sont contraintes à des arbitrages subjectifs, ce qui fragilise la relation avec les jeunes et fait parfois basculer le suivi d’une logique de soutien vers une logique de contrôle.
Le pilotage par les objectifs chiffrés renforce cette dérive. La priorité donnée au respect des quotas horaires conduit à multiplier des activités occupationnelles peu pertinentes, illustrant une logique de nouveau management public où l’outil de suivi prend le pas sur le sens de l’action. Ces exigences expliquent en partie les situations de non-recours ou d’abandon observées, notamment chez les jeunes les plus éloigné·es de l’emploi.
Du point de vue budgétaire, l’IPP note que le CEJ coûte en moyenne 17 % de moins que la Garantie jeunes, principalement en raison d’une durée d’accompagnement plus courte et d’allocations versées sur une période réduite. Cependant, cette économie interroge au regard des effets limités constatés sur l’emploi durable et des tensions accrues sur les conditions de travail des agent·es des missions locales et de France Travail.
Pour l’UNSA, la mise en perspective est sans appel : renforcer l’insertion des jeunes ne peut se résumer à intensifier les obligations et le contrôle. Les politiques publiques doivent redonner du sens à l’accompagnement, sécuriser les conditions de travail des personnels et permettre des parcours réellement adaptés aux besoins des jeunes, en particulier les plus fragiles.
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