G7 : porter l’exigence de travail décent et de justice sociale
À l’occasion de la présidence française du G7, deux rendez-vous importants se sont tenus en juin 2026 : la réunion des ministres du Travail et de l’Emploi du G7, organisée à Genève en marge de la Conférence internationale du Travail, puis le sommet des chefs d’État et de gouvernement à Évian. Pour l’UNSA, engagée au sein du Labour 7 (L7), qui regroupe les organisations syndicales des pays du G7, ces échéances ont permis de remettre au cœur des débats les enjeux de travail décent, de dialogue social, de transition numérique et de justice dans les échanges économiques mondiaux.
Au G7 social, des résultats concrets mais encore incomplets
Réunis le 9 juin à Genève, les ministres du Travail et de l’Emploi du G7 ont adopté un communiqué centré sur deux priorités : la promotion d’emplois de qualité et le renforcement du travail décent. Il acte la poursuite des discussions au sein de la filière Travail-Emploi du G7. Si plusieurs décisions méritent d’être soulignées, il reste en deçà des attentes syndicales.
D’abord, la création d’un pôle de formation du G7 sur l’intelligence artificielle, hébergé par l’OCDE, constitue un signal positif. L’enjeu est de mieux accompagner les transformations du travail liées à l’IA, en s’appuyant sur le plan d’action adopté en 2024 pour une IA sûre, sécurisée, fiable et centrée sur l’humain dans le monde du travail.
Ensuite, le G7 a acté l’organisation, à Paris le 14 décembre 2026, d’une conférence sur la mobilité professionnelle et les parcours de carrière, ainsi que la constitution d’un recueil de bonnes pratiques. Pour l’UNSA et le L7, cette initiative devra intégrer pleinement les questions de progression salariale, d’égalité de traitement et de lutte contre les discriminations.
Autre avancée : l’adoption d’une boîte à outils sur les risques de travail forcé dans l’extraction des minerais critiques, élaborée par l’OIT. Si cette initiative va dans le bon sens, elle devra encore être renforcée pour couvrir plus largement l’ensemble des principes et droits fondamentaux au travail.
Des blocages persistants sur des propositions pourtant essentielles
Malgré ces avancées, plusieurs résultats importants n’ont pas pu être adoptés, alors même qu’ils avaient fait l’objet de discussions tout au long de l’année.
C’est le cas de la boîte à outils pour un recrutement équitable des travailleurs migrants, bloquée faute de consensus, notamment de la part des États-Unis et du Japon. Pourtant, la protection des travailleurs migrants contre les abus, les frais de recrutement illégaux ou les discriminations est un enjeu central de justice sociale.
Même constat pour les lignes directrices conjointes du L7 et du B7 sur la santé et la sécurité au travail face aux phénomènes météorologiques extrêmes et au changement climatique. Alors que les dérèglements climatiques exposent déjà de nombreux travailleurs à des risques accrus, le G7 n’a pas su transformer ce travail en engagement collectif formel. Le texte a néanmoins été soutenu par une large majorité de délégations et repris dans le résumé de la présidence, ce qui constitue un point d’appui pour la suite.
L’UNSA, au sein du L7, regrette également que le G7 n’ait pas validé la contribution conjointe L7-B7 sur l’égalité des conditions de concurrence, pourtant essentielle pour mieux articuler commerce international, respect des droits fondamentaux au travail et lutte contre le dumping social.
À Évian, la question sociale s’invite dans l’agenda du G7
En amont du sommet des chefs d’État et de gouvernement réuni à Évian du 15 au 17 juin, le Labour 7 a été reçu avec l’ensemble des groupes de consultation par le président de la République. À cette occasion, les organisations syndicales ont rappelé la nécessité de lutter contre les inégalités, de défendre les droits fondamentaux au travail et de mieux intégrer les exigences sociales dans la gouvernance économique mondiale.
Le L7 a notamment porté la question de la cohérence entre commerce et droits du travail, en mettant en avant la contribution conjointe avec le B7 sur l’égalité des conditions de concurrence. En réponse, le président Emmanuel Macron a annoncé la tenue, au second semestre 2026, d’une conférence internationale associant l’OIT et l’OMC, afin de travailler au renforcement de la cohérence des politiques et des clauses sociales dans les accords commerciaux.
Cette annonce est un signal politique important. Dans un contexte marqué par la fragmentation des échanges, les tensions géopolitiques et la montée des logiques de puissance, il est indispensable que les règles du commerce international cessent d’ignorer les droits des travailleurs. L’UNSA sera attentive à ce que cette initiative débouche sur des avancées concrètes et ne reste pas au stade de l’affichage.
Faire du travail décent un pilier des réponses aux crises}
Le sommet d’Évian a largement été dominé par les enjeux géopolitiques. Les dirigeants du G7 ont notamment réaffirmé leur soutien à l’Ukraine et adopté plusieurs déclarations sur les partenariats internationaux, les enjeux géopolitiques ou encore la lutte contre les trafics. Mais pour l’UNSA, la réponse aux déséquilibres mondiaux ne peut pas se limiter aux volets sécuritaire, technologique ou commercial. Elle doit aussi intégrer pleinement la question sociale.
Les transitions à l’œuvre – numérique, écologique, industrielle, géopolitique – bouleversent déjà le travail. Elles ne seront acceptables que si elles s’accompagnent de droits renforcés pour les salariés, de protections effectives face aux nouvelles formes de précarité, d’une vigilance accrue sur la santé au travail et d’un véritable dialogue social à tous les niveaux.
C’est le sens de l’engagement de l’UNSA au sein du L7 : faire entendre, dans les enceintes internationales, une voix syndicale exigeante pour que le travail décent, la justice sociale et les droits fondamentaux ne soient pas les variables d’ajustement des transformations en cours. Les conclusions du G7 social ouvrent quelques perspectives utiles. Il reste désormais à les transformer en actes.
