Myanmar : enlisé dans une guerre civile depuis 2021


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Certains conflits font la une, d’autres se déroulent dans l’ombre, tuant et affamant des populations loin de l’agenda médiatique et du tumulte géopolitique mondial. L’UNSA propose un éclairage sur ces zones délaissées, rappelant que derrière chaque conflit se trouvent des femmes, des hommes et des enfants qui souffrent et meurent chaque jour, tandis que ces crises fragilisent la paix et la stabilité internationales.

Depuis son indépendance en 1948, le Myanmar a été largement dominé par des régimes militaires. La transition démocratique engagée au début des années 2010, impulsée par Aung San Suu Kyi et la Ligue nationale pour la démocratie, n’aura été qu’une parenthèse fragile, brutalement refermée par le coup d’État de février 2021. Depuis, le pays a replongé dans la violence, la répression et la guerre civile, sans cesse condamnées par les institutions européennes et internationales.

Le retour de la junte militaire : un pays plongé dans la guerre civile

Le coup d’État de 2021 marque la restauration brutale du pouvoir militaire et l’effondrement de l’État de droit, plongeant le pays dans l’instabilité. Le Myanmar s’enfonce alors dans un conflit armé opposant la junte aux forces de résistance, aux groupes ethniques armés et au Gouvernement d’unité nationale en exil (NUG).

Les droits les plus fondamentaux ne sont plus garantis et les conséquences humaines sont dramatiques. Selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés et de nombreuses ONG, depuis le coup d’État :
• 4,2 millions de personnes ont été déplacées, dont 3,5 millions à l’intérieur du pays
• près de 6 500 civils ont été tués, dont 1500 femmes et 750 enfants
• un exode massif s’est organisé vers les pays voisins, principalement la Thaïlande
• des enrôlements forcés se multiplient, y compris de jeunes et d’enfants soldats.

En février 2024, confrontée à une résistance armée grandissante et à une pénurie de soldats, la junte a adopté une loi obligeant les hommes de 18 à 35 ans et les femmes de 18 à 27 ans à servir dans l’armée au moins 2 ans. Cette mesure autoritaire a accéléré la fuite de la jeunesse, aggravé la crise humanitaire et contribué à la désagrégation sociale du pays.

Dans ce contexte, les élections législatives de fin 2025-début 2026 relèvent du simulacre démocratique :
• impossibilité de voter dans les zones contrôlées par l’opposition NUG ou ravagées par les combats
• opposition interdite, emprisonnée ou exilée
• partis politiques dissous
• vote organisé sous pression et contrôle militaires.

Sans surprise, la junte en sort victorieuse et prévoit de former un gouvernement en 2026. Ces élections visent uniquement à institutionnaliser la confiscation du pouvoir, garantir l’impunité des crimes commis et donner une façade de légitimité à un régime fondé sur la force.

Une condamnation internationale unanime

L’Union européenne, les Nations Unies, les ONG et les organisations syndicales internationales ne cessent de dénoncer les crimes de la junte, la répression systémique, les violations du droit humanitaire et l’effondrement des libertés fondamentales.

Dans son index des droits de l’homme, la Confédération Syndicale Internationale (CSI) classe le Myanmar parmi les 10 pays les pires au monde pour les travailleurs et les travailleuses.

En juin 2025, la conférence internationale du travail (CIT) activait l’article 33, mécanisme exceptionnel permettant l’adoption de mesures contraignantes — y compris des sanctions — à l’encontre d’un État membre qui refuse de se conformer aux recommandations émises par la commission d’enquête.

L’Organisation Internationale du Travail (OIT) exige notamment :
• la fin des violations du droit international
• la suppression des arrestations arbitraires
• la garantie de la liberté syndicale
• l’interdiction du travail forcé
• la protection des organisations de travailleurs et d’employeurs.

La communauté internationale ne reconnait pas la junte militaire au pouvoir. Mais ces condamnations et l’opposition organisée autour du NUG, qui poursuit son offensive diplomatique tout en réclamant un soutien en matériel militaire, ne suffisent pas à renverser le rapport de force.

Chine et Russie : des soutiens stratégiques au cœur du blocage

La junte bénéficie d’un appui déterminant de la Chine et de la Russie. Pour Pékin, le Myanmar représente un corridor stratégique vers l’océan Indien, un maillon clé des nouvelles routes de la soie et un espace d’investissements énergétiques, miniers et logistiques majeurs. Pour Moscou, il constitue un partenaire militaire et diplomatique clé dans sa stratégie d’alliances alternatives à l’Occident.

Ces intérêts géopolitiques verrouillent toute réponse internationale réellement dissuasive.

Pour l’UNSA, paix, démocratie et droits sociaux sont indissociables

Face à la brutalité du régime, à une guerre civile destructrice et à une crise humanitaire majeure, le silence n’est pas une option. L’UNSA réaffirme sa solidarité totale avec le peuple birman, les forces démocratiques, les syndicats, les travailleurs et travailleuses, les organisations de la société civile et l’opposition en exil.

Nous continuerons à exiger :
• le respect effectif des droits humains fondamentaux
• la liberté syndicale
• la fin du travail forcé
• la protection des populations civiles
• le soutien international aux forces démocratiques.

Les Rohingyas : un drame dans le drame
La tragédie birmane inclut le sort des Rohingyas, minorité musulmane persécutée depuis des décennies. Discriminations, violences de masse, politiques de nettoyage ethnique, expulsions et exil forcé vers le Bangladesh, privation de citoyenneté, de droits civiques et de protection juridique… Il s’agit de l’une des pires crises humanitaires oubliées du XXIe siècle, révélatrice du caractère profondément autoritaire et violent de l’appareil d’État birman.

Crédits photo :
Mon State Kyomaro Township bombed

Source
YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=DTvLECj9rqs&ab_channel=MPATV– View/save archived versions on archive.org and archive.today
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