L’Europe sociale en débat
Le Comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats (CES) s’est tenu les 19 et 20 novembre 2025 à Bruxelles, rassemblant les syndicats de toute l’Europe. Dans un contexte d’arbitrages décisifs sur les orientations économiques, sociales et budgétaires de l’Union européenne, les débats ont porté notamment sur les services publics et ont abouti à l’adoption de plusieurs résolutions, soulignant le rôle central des syndicats dans la défense des droits des travailleurs et des travailleuses et de la cohésion sociale.
Focus sur trois dossiers majeurs ayant structuré les échanges.
Services publics : un pilier à reconstruire
La CES a engagé une réflexion stratégique sur les services publics, rappelant leur rôle fondamental pour l’égalité, la cohésion sociale et la résilience démocratique. Face aux crises climatiques, sociales et informationnelles, les États membres doivent renforcer durablement leurs capacités publiques dans le domaine de la santé, de l’éducation ou de la protection civile. Cette analyse s’appuie sur les contributions des affiliés, les travaux de l’ETUI (Institut syndical européen) et les positions syndicales existantes.
Le diagnostic est sans appel : des années de sous-investissement ont dégradé les moyens humains et matériels, alourdi les charges de travail, favorisé l’externalisation et affaibli l’attractivité des métiers, au détriment de la qualité des services.
L’UNSA partage pleinement ce constat. Les services publics sont des biens communs essentiels à la garantie des droits fondamentaux et à la cohésion territoriale. Elle soutient les orientations de la CES visant à renforcer la propriété publique, garantir des emplois de qualité, fixer des normes européennes minimales et conditionner les financements à des exigences sociales et de qualité.
Productivité : sortir du faux débat
La CES a adopté une résolution pour déconstruire le discours opposant salaires et compétitivité. La productivité repose sur l’investissement dans les personnes, la participation des travail- leurs, des infrastructures solides et des services publics efficaces. À l’inverse, la compression salariale et la déréglementation accentuent l’épuisement et la précarité sans créer de richesse durable.
L’UNSA salue cette approche globale, qui intègre justice fiscale, conditions de travail, santé des travailleurs et respect des limites environnementales. Elle réaffirme la nécessité de lutter contre l’évasion fiscale et de conditionner les aides publiques à des engagements concrets en matière d’emploi, de formation et de transformation écologique.
Budget européen : un enjeu social
La CES alerte sur les propositions de réforme du cadre financier pluriannuel qui risquent d’affaiblir notamment les politiques sociales et la Politique agricole commune. La centralisation accrue, la priorité donnée aux dépenses militaires et le manque d’ambition budgétaire font peser un risque majeur sur la cohésion sociale européenne.
L’UNSA soutient les priorités défendues par la CES : préserver un Fonds social européen fort et identifiable, garantir au moins 14 % de dépenses sociales, conditionner les financements au respect des droits sociaux et renforcer le dialogue social. L’Europe doit accroître ses ressources pour investir dans l’emploi de qualité, la formation, l’inclusion et la justice territoriale.
Ce Comité exécutif a confirmé qu’une Europe sociale repose sur des services publics solides, une productivité fondée sur l’investissement, la justice sociale et un budget ambitieux. Aux côtés de la CES, l’UNSA poursuivra son engagement pour placer les travailleurs, les travailleuses et l’intérêt général au cœur des décisions européennes.
Illustration : Comité exécutif de la CES des 19 et 20 novembre 2025.
Crédit image : CES