Investir dans les compétences doit rester une priorité
Alors que le gouvernement a diminué drastiquement les crédits en faveur du Plan d’investissement dans les compétences (PIC) dans le budget 2026, une note du CEREQ revient sur les forces et faiblesses de ce dispositif développé depuis 2019 en faveur des publics les plus éloignés de l’emploi.
Le PIC et sa déclinaison régionale, le Plan régional d’investissement dans les compétences (PRIC), ont été mis en place en 2018, avec comme objectif principal d’améliorer l’accès à la formation des publics les plus éloignés de l’emploi.
Doté d’un budget pluriannuel conséquent (15 milliards d’euros), ce programme a vu ses crédits s’affaisser à partir de 2024.
Cette volonté initiale de concevoir la formation comme un investissement est partagée par l’UNSA.
L’effondrement des moyens alloués à ce programme (- 45,7% pour le PIC national ; - 56% pour les PRIC) dans le budget 2026, risque de condamner les actions menées dans les territoires. Les Régions, dont les recettes diminuent en raison d’une loi de finances qui les a pénalisées, auront-elles les moyens de compenser cette perte sur leurs budgets propres ?
Après un rapport critique (en 2025) de la Cour des comptes sur les PIC et PRIC, c’est au tour du CEREQ de publier un dossier dans sa série « Echanges » : Le Plan d’investissement dans les compétences à l’épreuve de ses publics et de ses dispositifs
Cet organisme a mesuré les effets concrets sur les parcours des stagiaires, les pratiques des professionnel·elles et l’organisation du système de formation.
Le rapport souligne les écarts entre les objectifs de départ avec les usager·ères et les résultats. Nombre de ses conclusions rejoignent les réserves exprimées par l’UNSA Plan investissement dans les compétences (PIC) : un bilan mitigé - UNSA.
Il y a en effet un paradoxe entre la philosophie d’origine du PIC basée sur l’individualisation des parcours d’un côté et de l’autre la pression adéquationniste exercée par les Régions, les branches et les entreprises.
L’Etat n’est pas en reste avec ses réformes successives de l’assurance chômage dont l’objectif est de contraindre les demandeur·euses d’emploi à reprendre un emploi et de préférence dans les secteurs en tension.
Par ailleurs, la question de l’accompagnement reste centrale. En dépit des efforts réalisés, le fonctionnement en silo des différents acteurs reste un obstacle à son développement. Malgré les intentions, la gestion des freins périphériques (mobilité, gardes d’enfants, logement, santé) demeure déficiente.
Les formateur·ices non formé·es sur cet accompagnement lourd sont fragilisés. Le CEREQ relève que certains organismes sous outillés dans le domaine sélectionnent les candidat·es les moins marqué·es socialement.
La transformation des métiers de la formation professionnelle qui était l’un des objectifs du PIC a quasiment stagné tout comme l’innovation pédagogique.
A cet égard, l’étude pointe les résultats décevants des programmes préqualifiants de préparation et d’accès à la qualification. Les résultats pour ces derniers sont très faibles. Le poids de ces difficultés et un système de formation duale marqué par l’étanchéité entre le préqualifiant et le qualifiant peuvent expliquer cet échec relatif.
Évaluer, redéfinir les objectifs de la formation professionnelle
Alors que l’effet diplôme est une constante dans l’accès à l’emploi, le plus préoccupant dans l’analyse du CEREQ réside dans l’impact quasi nul du PIC sur la hausse du niveau de qualification. Ce relatif échec est multifactoriel.
Les freins périphériques et le problème du pouvoir d’achat pénalisent les personnes concernées. Celles-ci préféreront travailler plutôt que choisir une formation à la rémunération inférieure au salaire.
L’on peut citer également les difficultés du recrutement et le manque d’appétence des publics visés pour la formation au regard de leur passé scolaire.
Pour l’UNSA, ce bilan contrasté du PIC et des PRIC, ne doit pas conduire à une réduction ou pire un abandon des politiques publiques pour la formation des plus éloignés de l’emploi.
Dans un contexte de remontée du chômage, de transformation écologique et technologique, la construction d’une société des compétences est un impératif.
https://www.unsa.org/Societe-de-competences-La-France-tres-loin-du-compte.html
Il faut établir un diagnostic associant l’ensemble des acteurs à propos des réalisations du PIC et des PRIC (avec les Comités régionaux pour l’emploi ou les CREFOP) et les évaluer avec des indicateurs fiables et partagés.
La redéfinition des objectifs dédiés à la formation professionnelle au sens large comme le maintien d’un effort budgétaire significatif seront un des enjeux de la prochaine élection présidentielle. L’UNSA exposera ses propositions le moment venu.
Crédit image : gpointstudio on Magnific
