Accès aux soins : l’UNSA alerte sur une situation devenue intenable
Les résultats du 3ème baromètre de la Fédération hospitalière de France confirment une réalité que les équipes de terrain dénoncent depuis des années. L’accès aux soins en France se dégrade à un rythme inédit et ce sont les patient·e·s comme les professionnel·le·s qui en subissent les conséquences. Près de 73 % des Français·es déclarent avoir renoncé à un soin au cours des cinq dernières années. C’est 10 points de plus qu’en 2024. Pour l’UNSA, cette évolution n’est pas seulement préoccupante : elle révèle une détérioration profonde du système.
Les délais explosent, les inégalités s’aggravent
Dans plus de la moitié des cas, le renoncement aux soins s’explique par l’allongement des délais d’attente : 2 semaines pour un généraliste (contre 4 jours en 2019), 4 mois pour un dermatologue (contre 2 mois en 2019) et 3 mois pour un cardiologue (contre 1,5 mois en 2019). À ces délais s’ajoutent des fractures territoriales toujours plus marquées et un renoncement pour raisons financières. Il concerne désormais 4 personnes sur 10 parmi celles qui renoncent aux soins. Autant de signes d’un système qui n’assure plus l’égalité d’accès.
Pour l’UNSA, ces données confirment l’urgence d’un plan national d’accès aux soins fondé sur l’équité territoriale, la régulation de l’offre pour lutter contre les déserts médicaux et la fin des dépassements d’honoraires qui creusent les inégalités.
L’hôpital public : pilier indispensable mais fragilisé
Face à ce délitement de l’accès aux soins de ville, les Français·es se tournent massivement vers l’hôpital. Une personne sur deux s’est déjà rendue aux urgences sans situation d’urgence médicale, faute d’alternative. Dans le même temps, l’hôpital public continue d’assurer des missions essentielles : 100 % des greffes, 85 % des séjours de réanimation et 81 % des 21 millions de passages annuels aux urgences.
Mais cette résilience a un coût. Les établissements restent dans une situation financière critique, avec 2,7 milliards d’euros de déficit cumulé en 2025. Pour l’UNSA, l’hôpital ne peut plus être le dernier rempart d’un système défaillant : il doit être soutenu, renforcé et protégé.
Un message clair : il faut un sursaut politique
Selon le baromètre, 90 % des Français·es se disent en colère face au manque de moyens de l’hôpital public, et 7 sur 10 craignent de ne pas pouvoir accéder à des soins de qualité en cas d’urgence.
Ce signal doit être entendu.
Pour l’UNSA, un véritable débat public et des réformes structurelles doivent aboutir à une loi de programmation en santé pour donner visibilité et stabilité au système, à une stratégie nationale sur le grand âge, à un investissement massif dans la psychiatrie ainsi qu’à une politique ambitieuse de formation, d’attractivité et de fidélisation des professionnel·le·s.
L’UNSA le réaffirme : l’accès aux soins est un droit fondamental et sa dégradation constitue un risque social, sanitaire et démocratique. Pour répondre à l’urgence, notre organisation appelle à un investissement régulier dans l’hôpital public et les services de proximité. La compensation intégrale des mesures du Ségur est indispensable pour garantir la soutenabilité financière des établissements et sortir des ajustements à court terme. Elle demande également une refonte de l’organisation territoriale pour assurer un accès réellement équitable aux soins ainsi qu’une amélioration des conditions de travail et de la reconnaissance des professionnel·le·s.
Un diagnostic partagé, qui renforce l’urgence d’agir
Ce constat rejoint très directement les enseignements des États généraux de la santé et de la protection sociale, auxquels l’UNSA a activement contribué. Les participant·e·s y désignent les mêmes obstacles : des délais d’attente trop longs, des déserts médicaux qui s’étendent et un parcours de soins devenu trop complexe. Ils décrivent un hôpital encore perçu comme un repère protecteur, mais « à bout de souffle », fragilisé par le manque de moyens et la saturation. Les professionnel·le·s, de leur côté, alertent sur une perte de sens, une charge administrative excessive et un déficit chronique de ressources humaines.
Cette convergence des constats justifie l’urgence d’un changement profond, attendu tant par les usagers que par les équipes : une réforme structurelle, une simplification du système, un renforcement de la prévention et une meilleure reconnaissance des métiers du soin et de l’accompagnement. Autant de priorités que l’UNSA exprime de longue date et qui doivent désormais se traduire concrètement.
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