Conscience tranquille

 
Michel Serres, la conscience tranquille, est parti, comme un clin d’œil, moins d’une semaine après le scrutin européen, lui qui voyait une partie de ses contemporains comme les enfants gâtés de la paix.

Jusqu’au bout, il n’aura cessé de convaincre que les défis de notre époque et la construction de l’Europe, devaient être vécus comme une aventure formidable.

Les résultats, quand on les regarde à l’échelle de toute l’Europe, sont positifs. Avec une participation en augmentation, les forces du repli et du rejet n’ont pas réalisé la percée annoncée, et même, certaines d’entre elles admettent désormais le besoin de l’Union européenne. L’urgence écologique a été confirmée et notamment par les jeunes. Le bloc des forces pro-européennes est largement majoritaire au Parlement. Finalement, l’absence de majorité claire va forcer à la logique de compromis.

C’est une bonne nouvelle car toutes les avancées européennes décisives, y compris les avancées sur le plan social, ont eu lieu grâce à des accords entre pays et forces politiques. Sous pression des transitions et des aspirations démocratiques, la nouvelle assemblée n’aura pas d’autres choix que de construire un nouveau pacte pour que l’Europe prenne le virage social et écologique qui est désormais inévitable. La Confédération Européenne des Syndicats avec ses 45 millions de membres sera actrice de ce changement, attendu par les travailleurs et indispensable à l’intérêt général.

Cette culture du compromis et du dialogue devrait inspirer le gouvernement français car il faut rappeler que même en France, quand il s’est agi de construire au lendemain de la guerre notre modèle de protection sociale, c’est cette logique de compromis politique et social qui l’a permis. Il est donc temps de renouer avec cette méthode qui permet de construire ensemble. Pour cela, la question écologique et la justice sociale ne doivent pas être des contreparties mais bien au cœur des changements à bâtir.

Pour bon nombre de ceux qui l’ont lu ou qui vont le lire, qui l’ont écouté ou qui l’écouteront, Michel Serres, était et restera une conscience tranquille, une source d’inspiration, de jouvence, d’enthousiasme et d’optimisme. Même quand les choses vont mal, l’optimisme est à la fois une politesse et une nécessité. C’est un excellent antidote aux plaintes impuissantes qui finissent en replis et en rancœurs. C’est un formidable levier d’actions et de mobilisations, car l’optimisme transforme les injustices et les colères en ouvrant des perspectives et des voies.

C’est le sens du syndicalisme en positif que l’UNSA souhaite incarner.

Laurent Escure
Secrétaire général de l’UNSA

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