Logement social : une urgence républicaine face à une crise durable
La 8e édition des Rendez-vous de l’UNSA, le 15 décembre dernier à Bagnolet, avait comme invitée Marie-Noëlle Lienemann, présidente de la Fédération nationale des Coop’HLM, membre du CESE et ancienne ministre du Logement. Elle y a présenté les principaux enseignements de son rapport pour le CESE, intitulé L’habitat et le logement face aux défis sociaux, territoriaux et écologiques.
Pour Marie-Noëlle Lienemann, « la question du logement est une question républicaine », qui doit être abordée de manière globale. Il y a « une crise du logement à résoudre » devenue désormais structurelle.
En premier lieu, la crise actuelle se caractérise d’abord par un coût devenu excessif : le logement représente aujourd’hui 27 à 28 % du budget moyen des ménages et jusqu’à 40 % pour les plus fragiles. Les loyers ont progressé plus rapidement que les salaires, creusant les inégalités. Parallèlement, l’accès au logement s’est fortement dégradé, comme l’illustre l’explosion des demandes de logements sociaux. « On a du mal à loger nos jeunes et on n’a pas suffisamment anticipé le vieillissement de la population », observe la présidente des Coop’HLM, évoquant également la hausse, longtemps sous-estimée, du nombre de familles monoparentales.
Désengagement public et fractures territoriales
L’ancienne ministre pointe les baisses budgétaires massives et les ponctions répétées sur le logement social. « Le désengagement public a accentué la crise », affirme-t-elle. Dans le même temps, le coût de la construction ne cesse d’augmenter, en particulier sous l’effet de la hausse du foncier.
Ces dynamiques nourrissent la ségrégation spatiale et sociale, renforçant des phénomènes de ghettoïsation qui fragilisent la cohésion républicaine. Si la loi SRU demeure, selon Marie-Noëlle Lienemann, un levier essentiel pour lutter contre ces fractures, la maîtrise du prix des terrains constitue un enjeu tout aussi déterminant.
Concernant le changement climatique, elle dénonce « le yoyo des politiques publiques » : les injonctions contradictoires, entre densification et verdissement, rénovation et construction, ont freiné l’adaptation du logement et de l’urbanisme aux transformations climatiques.
Nécessité d’une stratégie durable
Face à cette situation, l’ancienne ministre plaide pour une régulation du prix du foncier et des loyers, ainsi que pour des politiques du logement mieux adaptées aux réalités territoriales. Elle appelle à l’adoption d’une loi pluriannuelle fondée sur une approche territorialisée, engageant l’ensemble des acteurs autour d’un objectif de 250 000 logements sociaux construits chaque année, tout en incitant les collectivités locales à constituer des réserves foncières. Elle met en garde contre l’illusion d’une résolution naturelle de la crise par la seule baisse démographique.
Aujourd’hui, trois français sur cinq rencontrent des difficultés d’accès au logement et quatre millions se déclarent mal logés. Une crise inédite par son ampleur et sa rapidité, qui continuera de s’aggraver sans réponses urgentes, engagements clairs et véritable politique ambitieuse et coordonnée.
À l’issue des échanges avec les participants et avec Rachel Brishoual, secrétaire nationale chargée du logement, Laurent Escure a rappelé les drames humains et sociaux révélés par cette situation. Pour le secrétaire général de l’UNSA, l’accès au logement constitue aussi un enjeu déterminant pour l’avenir et les perspectives des jeunes générations.
Crédit image : ©NFelix_peopleimages.com-stock.adobe.com